Premières fois

Tu l’as lu dans l’article précédent, je suis nostalgique des débuts de ce blog. Bon, bien sûr, depuis de l’eau a coulé sous les ponts. Je me pavane dans mon arrogante célébrité crachant sur mes lecteurs puisque si certains se vexent, d’autres liront toujours ! Comme toute star digne de ce nom, je roule en limousine, je m’hydrate au champagne et prends tellement de coke qu’en y ajoutant des œufs, je pourrais faire des gâteaux. Mais les débuts restent les débuts. Et si je suis nostalgique de la sorte c’est parce que ce blog est mon premier, mon seul, mon Précieux. Eh oui j’ai connu mon dépucelage de blogging avec toi, cher ami lecteur fidèle, j’espère que tu es flatté de cet honneur ! Si ça n’est pas le cas tu devrais. Une première fois restera pour toujours la première et sera donc toujours remarquable, aussi quelconque soit-elle. C’est pourquoi on a une réelle tendance à l’enjoliver.

Premier regard
Il se souvient de la première fois où il posa les yeux sur elle. Ce fût un enchantement. Il se souvient s’être dit que tout lui plaisait chez cette femme. Son sourire, sa tenue, ses yeux, son allure, … tout. Il sût immédiatement qu’il ne pourrait supporter de tourner les talons sans lui parler, ou sans tenter de la séduire. En attendant il lui était impossible de détourner ses yeux de cette créature divine aux allures de diva d’antan.

Elle se souvient du regard pesant de cet inconnu dans le bus. Ses yeux creux et vitreux, sa bouche entrouverte laissant filer un peu de salive qui s’étalait mollement  sur le col de sa chemise. Elle fuyait son regard glauque et tenta d’alerter le commissariat local de la présence inquiétante d’un dégénéré en liberté dans le bus de 8h11.

Premier baiser
Elle se souvient, encore nostalgique et rêveuse, le regard flou, perdue dans les méandres de sa mémoire. Elle se souvient de leur premier baiser. C’était comme dans un rêve. Montmartre à l’aurore printanière, un froid vif et clair, les oiseaux s’éveillent et osent timidement piailler ; au loin les premiers échos de circulation rappelant cette scène surréaliste à quelques matérialités. Il la regarda intensément comme pour s’imprégner de l’instant et posa ses lèvres sur les siennes avec douceur et passion. C’est à ce moment précis que le soleil s’est levé, les inondant de sa chaleur voluptueuse et rassurante.

Il se souvient de la première fois où il l’a embrassée. Il faisait terriblement froid, il savait pertinemment qu’elle ne voudrait pas coucher avec lui car « Madâme a des principes » (cf : Coucher le premier soir). Lassé d’une soirée trop longue, il s’est enfin décidé à l’emballer, hésitant tout de même, il la regarda quelques longs instants, avant de finalement mettre sa langue pâteuse de fin de nuit dans la bouche aux relents de vin bon marché et kébab-oignons des soirées arrosées de sa dulcinée.

Première nuit
Il se souvient avec un sourire vague de la première fois où ils ont fait l’amour ensemble. Il regardait son corps nu et gracieux avec tendresse et désir. En cet instant, il ne voulait qu’elle. Comme si tout ce qui aurait pu lui manquer dans le monde terrestre se trouvait en ce corps qu’il fallait explorer avec soin. Son but ultime se résumait simplement dans l’extase qu’il arriverait à lui donner. Faire de ce corps un vaisseau de jouissance vers son propre plaisir. La faire crier de bonheur, et faire de lui-même la personnification d’une machine à orgasmes multiples. Etre le meilleur coup de sa vie. Le mètre-étalon, l’unité, à laquelle elle ne pourra comparer les autres hommes que par fraction.

Elle se souvient de leur première nuit. Il l’avait agacée profondément toute la soirée pour diverses raisons futiles, mais en trop grand nombre pour être ignorées. Elle ne voulait plus vraiment passer la nuit avec lui, mais le plan étant préétablit, et elle étant sévèrement en manque, elle consentit à s’en tenir au plan initial, faute de mieux. Elle y mit un peu du sien, mais s’en tint au minimum syndical. Il s’évertua à tenter de la contenter par divers biais mais rien n’y fit. Elle se décida enfin à lui donner ce qu’il attendait en feignant la jouissance par divers cris et gémissements tellement sur-joués qu’elle fût fort surprise de constater qu’il y crût sans l’ombre d’un doute.

Premier engagement
Elle se souvient de la façon dont il l’a demandée en mariage. Leur relation était en pleine pente ascendante. Le bonheur inondait leur quotidien de la douce folie de l’amour. Ils parlaient d’acheter une maison dans un hameau paisible, ils évoquaient ce que serait leur vie quand ils auraient des enfants. A la fin du printemps, tandis qu’ils rêvassaient sous un cerisier en fleurs dont le vent déjà chaud balayait les pétales qui tombaient en doux flocons sur la couverture vichy qu’ils avaient déployés pour leur pique-nique, il se tourna vers elle. Il lui ouvrit son cœur comme jamais et lui fît la plus belle déclaration qu’elle n’avait jamais entendue. Les yeux humides, il sorti une ravissante bague de sa poche et  il termina sa tirade par ces simples mots « veux-tu m’épouser ».

Il se souvient de sa demande en mariage. Après quelques années ensemble, lassé d’une vie de couple trop lisse, il s’était tourné vers bien d’autres femmes, et en vint à tromper sa dulcinée maintes et maintes fois avec quelques fantômes de passage. Une collègue, l’amie d’un copain, et sûrement d’autres, mais il ne tient pas à s’en rappeler. La trentaine avançait doucement. Il se leva de bon matin, décidé à choisir une direction à sa vie. Il hésita quelques instants : une vie d’aléas d’indépendance et de sexe ? Ou une vie de confort, de stabilité et d’engagements ? Il voulait se reproduire, faire perdurer ses gènes, ou comme disent les gens normaux « fonder une famille ». Ce choix s’imposa alors à lui comme une évidence. Il acheta une bague bon marché au Manège à Bijoux et demanda sa compagne en mariage peu de temps après. Ce qui ne l’empêcha pas pour autant de s’en tenir à ses habitudes avec sa jeune collègue et puis l’amie de son copain, et puis d’autres mais il ne se souvient plus de leurs prénoms.

Eh oui ami lecteur, les premières fois sont belles et uniques. Bon, pas forcément de la même façon pour tous, je te l’accorde, mais qu’importe, elles restent tout de même les premières.

Aller, pour encourager mon premier (et unique) blog pour sa première année d’existence, je t’invite à devenir fanatique sur Facebook, à flatter mon égo dans des commentaires élogieux et à m’insulter copieusement pour ne pas que j’attrape la grosse tête sur twitter (@singlexperiment) !

4 commentaires pour “Premières fois

  1. siksika

    Ahahahaha, j’en ris encore !
    Et en même temps, ça me fait la même vague impression qu’après une re-re-re(et re) lecture de « Belle du seigneur », surtout pour le dernier paragraphe de la « demande en mariage » vu par l’homme: une bonne désacralisation de l’amour ! ( et biiim, moi qui était pourtant remontée à bloc niveau mièvrerie sentimentale après le visionnage de Love Actually, je vais devoir m’empiffrer de nutella devant… et bien devant une autre comédie sentimentale pardi ! une bien guimauve où ils se détestent aux premiers abords ( joie du suspense haletant: vont-ils finir ensemble? la tension est à son comble. ), avant de tomber éperdument amoureux et de s’affaler tous deux dans une passion dévastatrice où, à la dernière minute du clap final, ils s’avoueront entre deux filets de morve que  » mais je t’aime !! « , et l’autre de surenchérir  » non c’est moi qui t’aime !! « . De ce fait, je pourrai avoir un semi-orgasme devant la contemplation d’une fin parfaite où deux être parfaits aux dents blanchies irradient d’amour l’un pour l’autre. ( sinon, je peux aussi sortir et me bourrer la trogne avec les copines, ça marche aussi. mais là n’est pas la question nom d’une pipe en bois).)

    Enfin bon, au moins y’en a une qui n’y a vu que du feu et qui est bien contente que son amoureux la demande en mariage (naïve mais heureuse, pas conne la fille ! )

    Divinement écrit, comme d’habitude !
    Décidément, je vous adule !

    25 août 2012
  2. the scientist

    Ô pot de nutella vide et comédies romantiques en DVD (ou shooters de tequila et plaques de vomi, effectivement), nos frustrations portent vos noms !

    Pour cet article particulièrement cruel, j’ai eu toutes sortes de réactions d’amis lecteurs. Du « oué, c’est tellement vrai » au « non, ça peut pas être comme ça, comment tu fais pour ne pas te
    tirer une balle le matin au petit dej si tu as ça à l’esprit, aarght, laisse-moi déprimer seul(e), tu as brisé tous mes rêves, le monde peut-il être si horrible ? ». Bien que le trait soit grossi,
    je crois sincèrement que oui, il l’est. Après, il suffit d’un peu d’imagination, et, comme par magie, finalement on peut en rire et c’est merveilleux !

    Merci 1000 fois pour ce super commentaire … et pour m’aduler, évidemment, bien que cela soit totalement compréhensible !

    26 août 2012
  3. Siksika

    Je vous adule !

    24 août 2012
  4. the scientist

    Trop d’honneur ! Ma tête est énorme maintenant !

    25 août 2012

Laisser un commentaire