Le Prince est mort ! Vive le Prince !

Oui les amis, le Prince charmant est mort. Son corps git dans son salon, au pied du canapé retourné vachette. Il y a quelques jours, une cacahuète s’est logée dans sa trachée et a obstrué ses voies respiratoires tandis qu’il pestait, gueulant très fort, contre l’arbitre du match de foot qu’il regardait seul. Imbibé de bière, plus tout à fait conscient, il avalait, couché sur le divan, des cacahuètes en chaine jusqu’à sa dernière. Fatale arachide. Il nourrit à présent la vermine, depuis plusieurs jours, la télé est toujours allumée et rit, indifférente au drame. Le prince, les yeux ouverts et creux révulsés, la douleur transparait encore sur son visage tendu, sa bouche ouverte en quête d’un dernier souffle d’air. Sa mort fût simplement horrible. A présent, et depuis quelques jours déjà, il entame sa décomposition paisible. Qui peut imaginer que cette dépouille mortelle, laide, puant la bière et aujourd’hui la putréfaction, mal fagoté, gras et laid, fût jadis un beau et doux prince charmant.

Ses voisins ne se sont doutés de rien, ses insultes répétées à leur encontre a fini de rendre peu affables leurs rapports.

C’est donc sa princesse qui trouvera son corps dans quelques jours lorsqu’elle rentrera de son voyage d’affaire à Porto Rico qu’elle passait en réalité tranquillement avec son amant. Car oui, faute d’attention, la routine s’installant, la princesse est allée chercher du réconfort dans les bras d’un homme moins riche, certes, mais tellement plus avenant, doux et aimant. Elle  avait bien compris que son prince ne la désirait plus et qu’à sa disposition des dizaines de femmes, ses secrétaires, ses subalternes, ses collègues, toutes magnifiques et brillantes, se donnaient à lui, espérant une promotion, ou parfois simplement, un peu de réconfort et d’amour.

Le Prince n’était qu’un homme et las de sa princesse qui se refusait à lui, elle-même lasse du temps qu’il ne voulait plus prendre pour elle, le couple s’est enfermé dans une spirale d’ignorance, de dédain, et de froideur, où la discussion et l’échange n’avaient plus leur place.

Tragique découverte du corps de son premier grand amour lorsque, malgré l’odeur pestilentielle, elle trouva la force de se rendre jusqu’au salon cossus. Elle poussa un cri déchirant, terrible de douleur et d’effroi.

La princesse prise de remords, rongée par la culpabilité de sa double vie pleine de bonheurs creux, peu de temps après, trouvera son salut dans un subtil mélange de médicaments et d’alcool qui l’emportera bientôt dans un sommeil éternel et salutaire duquel aucun nouveau prince ne pourra la sauver.

Un bien triste tableau n’est-il pas ? La mort de nos héros de pacotilles, de nos modèles, de nos espoirs.

Mais rassures toi cher lecteur larmoyant, en vérité, ils étaient déjà morts il y a bien longtemps.

Le prince est mort lorsque toi, chère lectrice, tu as compris que ses belles paroles n’étaient que du baratin pour obtenir tes faveurs. Il est mort sitôt qu’après t’être donnée à lui, il part en catimini, son jean sous le bras ou qu’il te demande poliment de rentrer chez toi. Il est mort, le jour ou tu comprends enfin que l’amitié homme-femme n’existe pas et que toutes ses attentions ne servent qu’une perspective coïtale.

En couple, il est mort le jour où tu as réalisé qu’il ne te regardait plus avec cette passion qui l’animait jadis. Quand il a oublié ton anniversaire, ou celui de votre rencontre. Quand il a oublié de t’embrasser avant que vous ne dormiez chacun de votre côté. Il est mort la fois où il s’est retourné sur cette autre fille, la fois où tu as pris conscience que vos automatismes ont pris le pas sur votre vie. Il est mort lorsqu’il a cessé de vouloir te séduire chaque jour qu’il a eu la chance de passer près de toi. Il est mort lorsque qu’en regardant un film à l’eau de rose, tu as pris conscience que jamais tu n’as eu droit à 1/10eme des attentions les plus simples que le héro a à l’encontre de l’héroïne. Il est mort quand tu l’attendais des heures, inquiète en espérant que rien ne lui soit arrivé, tandis qu’il traine avec d’autres (ses potes ? Ses collègues ? Sa maîtresse ?) et ne se donne pas la peine de te prévenir de son retard. Il est mort quand tu t’es rendue compte que ses amis comptent plus pour lui que toi. Il est mort quand tu as compris que tes propos l’ennuyaient … pour que parfois il soit plus attentif à ceux d’une autre que toi. Il est mort pendant la soirée dans laquelle il t’a trainée, celle où tu ne connais personne et au cours de laquelle il t’abandonne, te laissant seule avec tes yeux pour pleurer et l’observer rire avec une autre. Il est mort quand il ne te soutient plus dans ce que tu fais, seule ou face à d’autres. Il est mort quand tu as compris que cette soi-disant simple copine lui tournait autour et qu’il n’a rien fait pour mettre un terme à sa parade pré-coïtale. Il est mort lorsqu’il ne cherche plus à te surprendre, ou à te faire plaisir, dans la vie, comme dans le lit.

La princesse, elle, est morte, quand tu as compris cher lecteur, qu’elle se donnait bien trop facilement à n’importe qui. Que, quoi qu’elle en dise, tu n’étais rien d’autre qu’un homme de plus à son tableau de chasse de femme libérée.

En couple, elle est morte quand tu as réalisé que l’amour qu’elle pouvait te donner ne t’était pas exclusif. Elle est morte quand tu réalises que quoi que tu fasses, tu l’agaces. Elle est morte lorsqu’elle prend un malin plaisir à te reprocher qui tu es, ou ce que tu fais. Elle est morte quand elle critique sans ménagements tes techniques au lit. Quand elle te parle de ses exs dont elle ne tarit pas d’éloges, ou te compare à eux. Elle est morte quand elle te réclame l’euro que tu lui as emprunté la semaine passée tandis que tu viens de l’inviter au restaurant. Elle est morte quand tu as réalisé qu’elle ne cherche plus à te séduire, lorsqu’elle ne souhaite plus se faire belle pour toi, lorsqu’elle prend d’avantage soin d’elle pour sortir avec d’autres que pour toi. Elle est morte quand elle se laisse approcher par des dizaines d’hommes, mais « ne t’en fais pas Chéri, ce ne sont que des amis ». Elle est morte le jour où les choses qui la faisaient sourire avant, tes blagues, tes douces attentions, ne parviennent même plus à lui décrocher un vague rictus. Elle est morte le jour ou devant tes amis, elle t’a balancé un pic aussi mesquin que malsain, le jour où, devant eux, elle t’a critiqué ouvertement, voire, t’a humilié profondément. Elle est morte quand tu as pris consciente qu’elle ne te désirait plus autant qu’avant. Elle est morte lorsqu’elle ne souhaite plus faire l’amour avec toi.

Et j’en passe … si le Prince ou la Princesse existaient, toutes ces petites tragédies ordinaires, que nous avons forcement tous connu un jour ou l’autre, ne seraient pas … Nos vies ne sont pas un conte de fée, c’est justement ce qui rend ces histoires magiques, elles sont irréalistes !

Nos vies, elles, sont bien réelles et c’est quand on prend conscience du gouffre profond entre nos idéaux et notre réalité que l’on peut aspirer à une forme de bonheur qui, certes, n’est pas toujours très saine ou très droite -comme le sont toujours les contes où les gentils sont récompensés et les méchants sont punis-, mais qui rend notre vie plus agréable, notre quotidien supportable.

Aller, encore une fois, on n’a qu’une seule vie, que le Prince aille au diable, que la Princesse retourne dans sa ferme à cochon … nous sommes des vrais gens, de la vraie vie, avec nos défauts et nos faiblesses d’humains. Acceptons l’autre tel qu’il est, ou rejetons-le, sans le juger, le reste est simplement inutile et voué à l’échec.

2 commentaires pour “Le Prince est mort ! Vive le Prince !

  1. Rêveuz

    heu… balle dans la tête, 8g d’aspirine d’un coup, pont neuf, rame de métro…? Mon coeur balance!
    Non mais ça va pas non?! Je veux bien qu’on soit pessimiste, désabusé, déçu, ou simplement posséder un certain esprit de contradiction mais faut pas pousser Mémé dans les orties, surtout si elle n’a pas de culotte!
    Oui, si vous voulez, je veux bien admettre que le prinde charmant est mort, que la magnifique princesse est elle aussi décédée (oui, j’ai fait du chemin depuis les premiers articles ^^). Mais ça,
    ça arrive après les qqls heures, jours, mois où l’amour est aveugle, pendant la phase « passionnée » comme les gens disent. Et quoi? Il ne faudrait vivre que pour ces instants là? D’accord, ils sont
    attrayants. Mais qu’en est-il de tous ces moments où la douce habitude s’installe, où le quotidien est agréable ? Qu’en est-il de ces moment où, certes, ses blagues pourries ne vous font plus
    sourire mais que lui, de son coté, n’osent presque plus faire ayant un peu « grandi dans sa tête ». Ces moments où, il ne vous invite peut-être plus au restaurant, ayant briefé le serveur pour qu’il
    glisse un pétale de rose dans votre verre d’apéritif et une bague dans la coupe de champagne, mais où le diner improvisé à réchauffer les pâtes d’hier est bien plus complice? Où, il ne vous raconte plus qu’il a sauvé le monde en allant bosser ce matin mais où il explique comment il a réussi à mater ce jeune con de stagiaire récalcitrant qui ne veut rien faire depuis qu’il est là et passe son
    temps à aller fumer des clopes?! Où, ne vous emmenant plus vivre des aventures aventureuses dans des randonnées aux paysages sublimes en vous faisant l’amour au sommet de la montagne que vous avez gravie ensemble, mais où, simplement avachi dans le canapé du salon en regardant un film débile il passe son bras autour de votre épaule? Où, il ne vous sauve pas d’une bande de malfrats malintentionnés dont les commentaires grivois à votre égard sont réduits au silence par le retour cinglant de votre cher et tendre mais où, après avoir lutté, de toutes ses forces, il parvient
    enfin à ouvrir le pot de confiture qui vous tenait tête?
    Certes, le prince charmant est mort, et tant mieux ! Un « charmant » 24h sur 24 à la maison, je ne suis pas sûre que j’en veuille toute la vie. Un peu au début d’accord, mais après, il faut qu’il
    grandisse quand même. Des attraits et étincelles de la coure originelle, né un sentiment plus profond qui rend la parade pré-nuptiale superficielle, et les agissements matures tellement plus
    touchants. Pourquoi est-ce que vous prenez un chocolat liégois : pour les amandes qu’il y a sur la chantilly ou pour les deux boules de glace au chocolat sans lesquelles les amandes n’auraient
    aucun sens ? Quand vous choisissez un bouquin, c’est pour les quelques lignes de la 4e de couverture ou pour ce que vous espérez lire dans les 200 pages entre les deux couvertures ?!
    Alors oui, le prince charmant meurt ! Et bien heureusement !! C’est en enlevant les fioritures qu’on apprécie la vraie vie, les vrais gens, et tant pis si le chocolat n’est pas issu des meilleurs cacaotiers du Brésil, qu’il n’est pas manufacturé par Côte d’Or, qu’il n’est pas dégusté selon les règles de la baronne, du moment qu’il procure le petit plaisir attendu.
    Parce que s’il fallait se bouffer des amandes à longueur de journées sans jamais gouter au chocolat, ça manquerait vraiment de douceur tout ça !

    16 mai 2011
  2. the scientist

    Après cette douloureuse description, c’est officiel : le quotidien d’un couple est d’un morne …

    Merci beaucoup tout de même pour ce commentaire qui défend un point de vue que je ne soutiens absolument pas, mais j’apprécie néanmoins que les gens puissent lire cet argumentaire qui peut tenir la route et qui, sans Reveuz, n’aurait pas figuré sur ce blog (enfin pas sous ma plume, vous l’aurez compris)

    Tes écrits emprunts d’espoir, luttent pour un monde plus beau, leur candeur est profondément touchante, et même si je ne la partage pas, je trouve beau que des gens pensent comme toi.

    Au plaisir de te lire me contredire à nouveau.

    19 mai 2011

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