Illusion

papillons illusionAmi lectrice, si ton intimité, à l’image de ce blog, n’a pas été remplie depuis des semaines ou, ami lecteur, si tes opportunités coïtales sont à l’image de mon inspiration récente (nulles), tu te trouves sur le bon blog (ça c’est évident), et tu lis le bon article.

Pour les célibataires magnifiques, aux standards élevés et au goût prononcé en matière de luxe que nous sommes, il est généralement aisé de laisser agir l’attraction physique d’un corps compatible passant à proximité de notre champs de séduction. Mais encore faut-il que corps compatible il y ait !

Me voilà dans un espace de vide sidéral.

Ami lecteur, si tu le sais peut-être déjà, mais autant que je fasse le grand déballage de ma vie chez moi, après tout, j’ai tous les droits. Ami lecteur, donc, toi que j’ai désœuvré de la lecture de ma plume grasse depuis trop longtemps, saches que j’ai (à nouveau !) cédé aux sirènes de l’expatriation et de l’aventure, dans une contrée lointaine, froide et hostile, pour ma plus grande joie et pour une année. Comme tu t’en doutes, me construire une vie depuis le néant absolu m’a pas mal occupé ces derniers temps … voilà qui devrait excuser mon silence bloguesque.

Aujourd’hui, maintenant que je peux me poser un peu et faire le bilan des deux derniers mois, je crois pouvoir affirmer qu’il est très positif, que j’ai obtenu tout ce qui fait une vie (un logement, un travail, des amis, des interactions sociales, des meubles IKEA …), et que celle-ci me donne entière satisfaction. A une nuance près toutefois, je n’ai pas « l’Illusion ».

« L’Illusion » est une notion qui me vient d’une très bonne amie et que je trouve si juste que j’en fais un article en cet instant présent.

« L’Illusion », donc est un concept flou mais expérimenté par chacun de nous à certains moment de nos vies. Il s’agit de cet(te) état/sensation/ressentit/excitation/… que l’on éprouve lorsque l’on a croisé, sur sa route incertaine, une cible potentielle …

Enfin, par « cible » je n’entends pas la cible dont je parle habituellement, je devrais peut-être plutôt écrire « Cible ». Ce qui les distinguerait plus clairement, ce serait d’affirmer que la cible est un caprice, et la Cible, un besoin.

Ami lecteur, je ne sais pas ce que tu en penses, mais, en général, tu ne rencontreras pas beaucoup de Cibles dans ta vie ; pourtant ce sont d’elles dont tu te souviendras encore des années après, même si il ne s’est jamais rien passé entre vous.

C’est donc une Cible qui nourrit l’Illusion.

Cette sensation peut s’expérimenter de bien des façons différentes selon chacun, mais généralement, elle a cela de particulier d’accrocher la Cible dans un coin du cerveau de sa victime de sorte qu’il soit extrêmement compliqué de l’en déloger.

Mais pour être totale l’Illusion doit également être emprunte d’espoirs et de perspectives. Il peut s’agir simplement de la planification d’un tête à tête avec sa Cible (verre, d’un rendez-vous, d’un ciné, …) ou d’une autre sortie où il sera possible de croiser la Cible en société, au travail, ou avec des amis. Pour les plus désespérés il pourra s’agir carrément d’une perspective pavillonnaire au troisième rendez-vous … chacun envisagera son degré d’espoir en fonction inversement proportionnel à son degré d’Illusion. Ajoutons à cela qu’il peut également se faire sentir une étrange sensation de manque, voire le besoin violent d’être en présence de sa Cible.

L’Illusion peut, également, être générée par des illusionnistes (chieuses et mecs lambda) qui sauront faire miroiter bien plus d’espoirs qu’ils ne peuvent en assumer. Mais ce sera à toi, ami lecteur, d’être capable de faire la part des choses. Puisque tu es un habitué de ces pages à l’utilité indéniable, tu sais déjà comment t’en sortir face à ce genre de situation, n’est-ce pas ?

Mais pour revenir à l’Illusion saine et naturelle, parce que je pars du principe que tous mes lecteurs sont des gens sains et sensés (hum), comment mieux l’illustrer que par les conséquences particulières de son absence.

L’absence d’Illusion ancre le quotidien dans un réalisme cruel et froid. Un réalisme dans lequel on n’a pas de vœux à formuler quand on obtient le point de fusion de la furcula, quand on disperse des graines de pissenlit au vent ou qu’on voit une étoile filante. Un réalisme dans lequel on ne vit pas avec l’espoir d’un signe simple comme celui d’un texto, d’un coup de fil, d’un sourire, d’une lettre, d’un poulet cloué à sa porte. Un réalisme dans lequel on ne cherche pas à personnifier nos fantasmes les plus sales avec le corps idéalisé d’une Cible quand on se tripote.

Ce quotidien n’est ni triste, ni maussade. Il est. Empreint d’une ataraxie paisible, et présente sans qu’une volonté consciente ne l’ait imposée.

Personnellement, quelque fois l’absence d’Illusion me manque, mais souvent non.

Même s’il est délectable de s’endormir avec l’image d’un beau sourire et de se réveiller avec l’espoir d’un signe, même si ces papillons qui irradient le corps de l’Illusionné sont doux et excitants, même si, même si, même si, et il y a encore bien d’autres raisons, l’Illusion s’évapore toujours. Parfois rattrapée par une réalité rude, ou, heureusement, parfois subtilisée par d’autres sentiments, parfois simplement bridée par la connaissance de l’autre et le champ des possibles qu’il restreint, l’Illusion ne dure jamais. Et pourtant c’est le meilleur d’une relation.

Oh, j’en vois déjà crier au scandale et me dire que dans un couple, le meilleur c’est les 2/10/20/40/60 années qui suivent le début de la relation (oui, au-delà on s’effrite et c’est pas terrible pour la position du béret français, Kamasutra, p107, §6). A ceux-là je répondrai qu’ils viennent me le dire dans les yeux, en face à face, que ces pu*ain de papillons de sont pas (avec l’orgie de débauche sexuelle qui suit le début d’une relation), une des sensations les plus exceptionnelles que l’on puisse vivre grâce à quelqu’un d’autre. Que les promesses d’espoirs et autres plans (à échelle variable) sur la comète générés par l’Illusion ne donnent pas l’impression de vivre autant de choses que l’on peut en imaginer.

L’Illusion c’est un peu le shoot de Peter-Pan, le kif instantané qui laisse parfois, tout de même, un mal de crâne sourd au réveil. Mais bon, sang, qu’est-ce que c’est bon.

Alors pourquoi, me demandes-tu, je ne tiens pas à m’illusionner ? Parce que j’adore la tartiflette, mais je n’en mange pas à chaque repas.

Laisser un commentaire