Etre seul ou mal accompagné

Avant propos

Ami lecteur, le titre de cet article t’invite à réfléchir entre ces deux possibilités : être seul ou ma accompagné. Mais il n’implique absolument pas que ce sont, à terme, les deux seuls choix qui s’offriront à toi dans ta vie morne de loseur asocial. Je n’exclue absolument pas la possibilité qu’on puisse tout simplement être heureux en couple. Considère seulement, ami lecteur, que pour ce billet, cette option est exclue. Ce point étant rendu clair, je t’invite à poursuivre ta procrastination par la lecture relaxante du présent article. Bonne lecture !

C’est en observant les humains, ces charmants petits bipèdes au cœur si mou, que j’ai réalisé que, même pour des adultes autonomes et avec une brève expérience de la vie et une vague connaissance du monde, ils n’en sont pas moins des petits bipèdes au cœur mou. Trouver le grand amour est, pour la  plupart d’entre nous, un but, une fin en soi et, au final, c’est ce à quoi nous employons une énergie faramineuse au long de notre vie. Face à cette dégénérescence gélatineuse, dû à ce besoin de trouver dans la vie un congénère à aimer, avec qui se reproduire et aux côtés de qui mourir, une question se pose : mieux vaut-il être seul ou mal accompagné ? Mieux vaut-il combler la place par n’importe qui plutôt que la savoir vide pour une durée indéterminée ou travailler encore un temps incertain à tâcher de la combler avec une personne aussi proche que possible d’un idéal ? Peut-on seulement atteindre cet idéal ?

A voir ce monde et les gens qui l’occupent, la réponse à cette question se pose à tout célibataire plus ou moins endurcit, plus ou moins en manque d’amour, plus ou moins pressé par la vie, ou plus ou moins désespéré. Cette horloge qu’on s’impose avance inexorablement et nous dit à quelques périodes décisives de la vie « tic tac, à ton âge tu devrais penser à avoir une relation sérieuse / au mariage / à avoir des enfants / à ta prostate » … bref, au fil du temps, le temps file.

Nous n’avons pas le « choix »

Cher lecteur, mon ami, saches que tout le monde n’a pas ta chance. Tout le monde n’a pas ce don divin de pouvoir séduire en un sourire, de pouvoir étancher sa soif de perversions dès les premiers vagues caprices de son corps, de pouvoir accrocher le cœur d’une conquête d’un seul regard, et de la faire te désirer jusqu’à la fin de ses jours en une seule caresse. Tout le monde n’a pas face à lui un choix écrasant de conquêtes prêtes à se damner pour passer quelques précieux instants dans tes bras.

Et, en vérité, toi non plus d’ailleurs. Malgré tout ton sex-appeal, ton choix reste très limité. Un peu plus large que celui de certaines personnes, certes, mais bien bridé tout de même.

Nous n’avons pas un choix réel de partenaires potentiels :
-Nous sommes limités par le fait que nous ne pouvons pas faire connaissances avec la Terre entière.
-Limités aussi car, parmi les gens que nous connaissons, ou côtoyons dans notre environnement, tous ne nous plaisent pas.
-Par le fait que parmi les personnes que nous pouvons désirer, toutes ne nous désirent pas.
-Par le fait que parmi toutes les personnes avec qui nous avons une attirance mutuelle, toutes ne sont pas disponibles.
-Par le fait que parmi les personnes que nous pouvons « tester », rien ne nous garanti que ça puisse marcher à court, moyen ou long terme.

Bref, cher lecteur, si tu es en couple, que cela semble bien marcher, et que tu sens l’avenir certain et clément, prends donc conscience de la chance que tu as, prends conscience du degré d’improbabilité faramineux qui a conduit à te combler de ta moitié, et sois heureux.

S’orienter vers un moins pire

Si nous sommes chanceux et croisons un beau jour un homme ou une femme de notre vie, nous n’avons aucun moyen de savoir si réellement, à terme, la personne avec qui nous commençons quelque chose est « la bonne ». Si un destin est tracé, nous sommes les lemmings aveugles et ignorants qui en parcourons les méandres sans stratégie ni réflexions consciente, guidés par un clic hasardeux. Nous ne pouvons pas présager du futur. Nous n’avons pas de quête, pas de but, si ce n’est une aspiration au bonheur vague que chacun trouvera où il peut.

Si bien qu’au jour où nous croisons l’Autre, qu’il semble proche de notre idéal à cet instant t et que nous formons avec lui un couple solide, nous avons atteint une forme du bonheur suscité. Ils vécurent heureux, eurent des enfants et d’autres animaux de compagnie, fin de l’histoire.

Mais si nous avions eu un doute et si l’Autre n’était pas la bonne personne, et si au final nous nous en étions détournés (ou si l’Autre s’était détourné ne nous) … aurions-nous fini nos jours seuls avec une horde de chats et des escarres sans personne pour nous retourner ? Non, nous aurions fini par rencontrer un autre Autre, une autre moitié potentielle, malgré toutes les improbabilités que je citais plus haut. Oh bien sûr, ses qualités n’auraient pas été les mêmes, ni sa personnalité, ni rien d’ailleurs, mais nous y aurions trouvé notre compte. Nous nous serions adaptés. Au final nous l’aurions aimé, l’Autre avec ses imperfections qui rendent un idéal tellement plus réel. N’est-ce pas magique … ?

Pourquoi ça ? Te demandes-tu la bouche entrouverte, le regard hagard et le doigt dans l’oreille. Le fait est que dans les relations humaines, il n’y a pas d’optimal, ni d’idéal, seulement des circonstances, un contexte, et une véritable recherche pour tendre vers cet optimal, s’en approcher … mais pour ça il existe une infinité de biais.

Cet ensemble de « moins pires » n’est limité que par le taux de béatitude que nous souhaitons atteindre avec une personne sans trop avoir à nous forcer, à nous adapter, ou à nous mentir à nous-mêmes. Nous pouvons nous montrer exigeants et rompre notre idylle à la première déception. Ou être plus raisonnable, plus patient, baisser notre niveau d’exigence et concéder quelques défauts à l’Autre et à notre relation. Enfin, nous pouvons nous montrer prêts à accepter bien des insatisfactions dans la seule crainte éventuelle de terminer notre vie seuls avec des chats qui mangeront notre corps à notre mort.

Voilà, c’est précisément à ce moment là que nous avons le choix.

Nous avons le « choix »

Cher lecteur concerné, je m’adresse à toi directement. Réfléchis bien à ces propos, médite et entame ton auto-analyse en deux points hypothétiques.

Solution 1 : Ton couple ne t’apporte pas le bonheur. Soit parce que ta relation avec ta moitié a changé et s’éloigne à vitesse lumière de tes idéaux de façon insidieuse et sournoise, soit parce que tu as choisis une personne qui n’était clairement pas la bonne et force d’auto-persuasion, dans une logique de « je sais pas si j’aurais mieux » tu te convaincs que ce moins pire est le mieux.

Vas-tu t’enfermer plus ou moins consciemment dans une relation qui ne te satisfait  pas pleinement pour t’éviter une douloureuse solitude ?

Solution 2 : … ou es-tu prêt a sacrifier ce qui reste des cendres de ton idylle pour un avenir incertain ?

Effrayante solitude

Savoir être seul, être heureux ainsi, voire se suffire à soi-même n’est pas donné à tout le monde. Que ce soit par nécessité ou par choix, bien souvent, la solitude effraie. Peut-être est-ce parce que lorsque l’on est seul on se retrouve dans un tête-à-tête avec soi-même. Et si pour certains l’expérience est plaisante, d’autres la vivent comme l’un de ces rendez-vous glauques interminable qui se complet de malaises où l’on fini par jouer avec la cire de la bougie au centre de la table et répondre « mmh » à tout ce que dira l’autre en pensant à sa liste de courses « acheter du papier toilette, j’en n’ai presque plus … ». … et  pourtant …

Sainte solitude

Oui savoir être seul n’est pas donné à tous, et pourtant, c’est la meilleure façon de commencer à ne plus l’être. Ami lecteur, ne vois-tu pas ce que je veux dire ?

Qu’y a-t-il de plus attirant qu’une personne indépendante et forte de son indépendance ? Oui, pas grand-chose. Il n’y a rien de plus attirant qu’une personne qui ne cherche pas l’Autre, qui n’est pas en demande, ni dans l’attente de l’Autre. C’est alors qu’à défaut de « moins pires » ce sont tes « idéaux » qui viendront d’eux-mêmes. Crois-moi.

Et nous y voilà, encore. J’ai déjà dû te le dire cher lecteur, mais avant d’être heureux à deux, il faut avoir vécu l’expérience d’avoir été heureux seul, sans rien n’avoir eu à espérer.

Elle est peut être un peu là la recette du bonheur, être d’abord capable de le trouver en soi.

Conclusion

Tandis que nous trempons le gros orteil dans le début d’une vaste discussion philosophie qui dépasse largement les limites de raisonnement et les capacités cérébrales du simple auteur de blog superficiel et fan de poney que je suis, je m’en extrais volontairement et t’invite à porter, encore une fois, une réflexion sur toi.

Si cette réflexion faisait l’objet d’une production gracieuse, je me ferai une joie d’en lire quelques lignes dans les commentaires ou sur la page facebook du blog.

4 commentaires pour “Etre seul ou mal accompagné

  1. Une lectrice fan de vos articles

    Très bon article!

    La question existentiel est comment aimer être face à soi même plutôt que d’être mal accompagné? Car oui, même si on est génial, quelque fois il est difficile de s’en rendre compte soi-même… et d’apprécier d’être en sa propre compagnie uniquement… Et dans ce cas là gare à la dépression qui peut vite pointer le bout de son nez… Et quand on est dépressif difficile ensuite de plaire… Et puis quand on est célibataire on rêve d’être en couple, et cela devient même la quête du Graal avec un certain désespoir de ne jamais y arriver malgré tous les atouts que l’on peut avoir (parce que oui on est beaucoup mieux que le voisin, c’est une certitude, mais pourtant lui est en couple et semble si heureux, alors qu’est ce qui ne va pas???) ; et ceux qui sont en couple ne rêvent que d’une chose au bout d’un certain temps: redevenir célibataire pour retrouver une certaine forme de liberté… Ah la vie est bien complexe!!!

    22 septembre 2015
  2. the scientist

    Amie Lectrice fanatique, merci beaucoup pour ton commentaire plus que pertinent.

    Tu as raison, la vie est complexe. Enfin la vie non, mais les gens oui. Ta remarque générale rejoint totalement mon dernier article en date Comment trouver le bonheur que je t’invite fortement à lire si ça n’est pas déjà fait. Car là réside la clé de ton propos. Savoir s’apprécier, cesser de comparer sa vie à celle des autres, faire au mieux pour être en accord avec son for intérieur et au final être bien, accompli et heureux indépendamment du fait d’être en couple ou non. Car d’après moi, pour être vraiment heureux longtemps, notre bien être ne doit pas être conditionné par notre situation amoureuse. Cette dernière n’est que la cerise sur le gâteau si on obtient ce que l’on désire (le couple ou le célibat). En revanche, notre situation amoureuse peu radicalement se modifier selon notre bien être, cela dit ! Et cet article sur le bonheur contient quelques petites pistes que je t’invite à explorer et qui t’aideront peut-être à t’apprécier, qui sait ?

    Pour ce qui est de la dépression et autres mal être profondément ancré, passé mal résolu, traumatismes etc, on arrive aux limite de ce blog, et il me faut pousser les lecteurs concernés à aller chercher de l’aide auprès d’un professionnel que je ne suis pas.

    23 septembre 2015
  3. un lecteur concerné

    Il y a un certain point dans la vie ou tout parait plus étroit, les choix ont été faits et il ne reste plus qu’à continuer. Un moment ou ta vie est coulée dans le béton avec airbag et ceinture de
    sécurité, tu te rends compte que tu as fait tout ce qu’il fallait pour en arriver là et que maintenant tu te fais chier à mourir !

    Et une rencontre te fait, pour un instant, pour un instant fugace seulement, toucher du bout des doigts une chaleur et une douceur salvatrice que n’avait plus ressentit depuis des lustres. Celle de
    la liberté, voie vers laquelle tu es irrémédiablement attirée ou tous les choix semblent encore possibles.

    Je pense que ce qui fait de nous des êtres uniques se sont nos choix et tous ces choix nous les faisons sans contraintes et en toute connaissance de cause. Tu te poses alors cette question : (que
    tout le monde c’est déjà posé au moins une fois) « comment en suis-j arrivé là ? »

    Mais le rationnel te rattrape ! Faire volte-face à un moment avancé de sa vie c’est admettre l’échec et pour certain l’échec n’est pas une option envisageable !

    Donc non je n’ai pas peur de la solitude, je n’ai pas peur d’un avenir incertain, mon petit cœur tout mou ne craint pas les coups, l’échec m’est simplement insupportable !

    Malgré une étique dès plus bancale et douteuse j’ai encore un espoir de voir un jour mon idylle renaitre de ses cendre.

    Désolé

    20 octobre 2011
  4. the scientist

    Je n’avais pas pensé à considérer qu’un échec éventuel (quand bien même tu puisses en anticiper déjà le constat) oriente un choix dans ce domaine, c’est un point de vue intéressant, sensé et qui
    se défend bien … et qui mériterait peut-être même un article à lui seul … mais je m’égare.

    Cher lecteur concerné, je te souhaite alors d’être plus concerné par le disclaimer en début d’article (hormis l’histoire du loser asocial, entends-moi bien, juste le côté en couple et heureux),
    que par le reste de ma prose ; et d’en jouir pleinement compte tenu du taux d’improbabilité remarquable qu’il t’a fallu pour en arriver là.

    Merci pour cet éclairage et ne soit pas désolé, mes propos se veulent généralistes pour vaguement concerner tout le monde et faire écho à quelques vérités, ils ne peuvent pas pour autant être la vérité de chacun, je ne crois pas avoir cette prétention.

    20 octobre 2011

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